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En retard pour l'enterrement de ma mère
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En retard pour l'enterrement de ma mère
un film de Penny Allen

Résumé de l'émission « Derrière l'Image » 
avec GUY MENARD et PIERRE PAGEAU, Radio Centre-Ville, 
Montréal, 30 août, 2013

    « En retard pour l'enterrement de ma mère » 
joue de façon magique avec les genres pour nous 
amener dans un monde imaginaire. Fort intéressant, 
on est absolument pris dans le récit. C'est une 
fresque sur une famille, un peuple, une condition 
humaine contemporaine :  Une famille sans pays, 
prise dans une toile de nationalités sans se 
reconnaître dans aucune.  Ils ne sont vraiment 
ni algériens, ni marocains, ni français.  Leur 
identité réside dans la tombe avec Zineb, la mère 
récemment décédée que nous sommes invités à imaginer.
    Le film nous fait connaître Zineb, une femme 
de grande détermination et force, capable de se 
débrouiller, même en face de la déportation.  A 
travers des scènes d'une extraordinaire intimité 
nous comprenons comment Zineb était la source 
d'identité pour ses dix enfants, maintenant 
adultes.  Nous les regardons, derrière les portes 
fermées, devant les secrets, pendant qu'ils se 
créent une nouvelle identité dans l'absence de 
Zineb.
    C'est l'approche presque du conte, un conte 
magique qui invente, pour fantasmer, avec même des 
fantômes.  Une fable de La Mère.  En tant qu'homme, 
je ne voyais pas l'importance de ma mère quand 
elle était vivante. C'était seulement lorsqu'elle 
est morte que j'ai réalisé tout ce que je lui 
devais. C'est terrible quand on nous offre cette 
connaissance dans un film !  C'est universel, 
cela peut arriver à tout le monde, ce choc.
   Organisé autour de scènes élaborées dans 
l'improvisation, les enfants portent l'un après 
l'autre la robe de leur mère (même le garçon le fait) 
pour évoquer certain souvenirs qui racontent 
des histoires jamais dites – les chicanes entre 
l'Algérie et le Maroc, la vie privée dans l'Islam, 
la fille Souaad que la fratrie oblige à se 
marier dans un gros mariage. On voit tout cela de 
l'intérieur.  C'est extraordinaire.  Tout est 
raconté dans un rapport exceptionnel avec le 
réel, très beau, avec une grande liberté de forme.
   C'est un fort film, impressionnant, qui laisse 
le temps au début pour mettre tout en place, et 
puis au fur et à mesure, chaque morceau fait partie 
d'une grande construction, qui nous ramène à nous-mêmes.  
Avec cette famille, on se retrouve tous.
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TEWFIK FARES
Un regard à la fois distancié et attentif, de 
cette patience qui fait naître la confiance 
chez ceux qui nous sont lointains, mais qui, 
sans savoir pourquoi, se sentent proches de 
nous et nous ouvre leur intimité profonde.  
Le film exprime parfaitement le crève-coeur 
des déracinés, même si la vie leur a apporté 
l'aisance financière.  Il raconte d'une 
façon émouvante le drame de ne pouvoir 
vivre dans un "ici" incontestable et 
incontesté, tout en permettant aux 
protagonistes de vider l'abcès des frustrations 
et des errances où les a plongé la stupidité de 
l'espèce humaine qui oublie trop souvent 
qu'elle est "une".
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A propos du film de Penny Allen, 
« En retard pour l’enterrement de ma mère
 MICHKA GORKI, critique, 
ancienne directrice à la FEMIS


Ce qui m’intéresse dans ce film,
	•	Outre le parcours individuel d’un homme 
de 50 ans Abdeljalil, Français d’origine marocaine, 
élevé en Algérie, qui retourne à ses origines à partir 
de la mort de sa mère,
	•	Outre la reconstitution documentaire et 
fictionnelle de la personnalité de la mère,
	•	C’est un universalisme de troubles 
d’une actualité cruciale : la mixité idéalisée comme 
« paix possible » dans le monde entre tous les peuples, 
concept qui se heurte aux héritages génétiques individuels, 
aux déracinements même quand ils sont choisis, 
aux culpabilités individuelles quelles que soient 
les religions ou l’athéisme, aux traces ineffaçables 
des colonialismes.
Abdeljalil  malgré ses choix, exprime un  malaise 
profond d’identité culturelle, d’identité de personnalité.
Le film confirme le malaise de cet homme par la 
reconstitution de la personnalité de sa mère à 
partir d’un concept fictionnel original, LA ROBE 
portée par 7 de ses 10 enfants devenus adultes qui 
ont accepté de « jouer » un jeu de constellation 
familiale. Mêlant le jeu de deuil à la fiction 
interprétative, il s’ensuit un documentaire sur 
le futur de la plus jeune des filles que les frères 
et sœurs vont marier, selon un rituel traditionnel 
très élaboré qui les fait renouer avec leurs origines 
culturelles, et leurs pratiques religieuses.
Ce qui me frappe c’est l’idée que la mère, dont le 
portrait est reconstitué, me donne l’impression d’une 
femme ayant bravé les interdits de sa culture : 
elle élève dix enfants d’un homme dont elle divorce, 
elle se remarie, elle fait des affaires de « contrebandière » 
et monte une affaire avec sa dernière fille, celle qui 
sera mariée par les frères et sœurs.
Tous les frères et sœurs ont suivi des études grâce à 
l’autorité et au charisme de leur mère, mais la dernière 
est quand même mariée « à l’ancienne » après la mort 
de sa mère. Ce mélange d’influences me saisit d’intérêt et de 
questionnements. C’est ce qui me fait dire que ce film 
contient un universalisme actuel d’un grand intérêt.

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CLAIRE DAGES Programmatrice documentaire, artiste Séquence n°1 : Il va falloir se faufiler entre ces corps de femmes, soeurs et belles-soeurs, entre ces chairs qui nous dérobent pour l'instant la scène : la mort de la mère. On est entré dans le film par l'épiderme et la masse, une mise en scène, outrée comme ces corps qui débordent et les sentiments que l'on crie et que l'on pleure. En contrepoint maintenant, le fils, solitaire, intériorité et cérébralité, absent vivant au plus profond l'amour pour sa mère et la difficulté d'être entre Maroc, Algérie, France. Derrière la perte de la mère ce sont les questions de l'origine, de l'identité et de la "maison" qui sont soulevées, l'histoire des Marocains exilés en Algérie. C'est en déployant avec une immense liberté les moyens offerts par le cinéma que Penny Allen aborde ces thèmes complexes, subtils et sensibles avec une légèreté presque ingénue. La voix off du début nous conte les prémices d'un film documentaire, qui déroulera les témoignages des membres de la famille ou le tournage en cinéma direct, celui d'un mariage en l'occurrence, attributs du genre. Flash-backs, mise en scène, plans séquence en voiture dans un labyrinthe urbain, travail du montage (répétition d'un même plan), d'effets spéciaux (un réjouissant fondu au rouge) : le film joue avec les codes, et fait jouer des personnages à des protagonistes tour à tour authentiques ou se jouant d'eux-mêmes. Le film est réussi car, comme dans la maison familiale, chacun est venu participer entièrement et généreusement. Et si les membres de la famille sont inquiets à l'idée de la perdre, cette maison, ils ont, avec la réalisatrice, construit là un film habité. Pour nous spectateurs, cette hospitalité mise en image nous permet de ne jamais nous sentir voyeur, moqueur, juge ou critique tout en laissant voir, rire et analyser. Entre fraîcheur et gravité, enjeu et jeu, En retard pour l'enterrement de ma mère montre des hommes et des femmes qui finissent par se débrouiller avec leur vie, avec ce qu'elle a et ce qui lui manque, livrant une métaphore de la figure du genre documentaire : produire des oeuvres pleines dans les lacunes et les brèches de la réalité.
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En retard pour l’enterrement de ma mère
Un film réalisé par Penny Allen
Algérie, Maroc, France / 78’ / documentaire fiction
Avec les frères et sœurs Zouhri
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WERNER BUCHLER
	(metteur en scène / peintre)

Nous suivons une famille, scrutée à la 
loupe. 
Le métier de la mère : contrebandière 
(eux disent : commerçante transfrontalière) ! 
C'est là le mot clé de ce film : transfrontalier. 
Il dépasse, outrepasse et ose tout dire, tout 
montrer. C'est un conte humain qui apparaît 
comme par magie à travers ces images de 
"documentaire". Il nous emmène bien loin d'un 
gentil folklore orientaliste. Penny Allen est 
amoureuse de la vérité jusqu'à l'inconvenance. 
Attention ! ce film ne ressemble à aucun autre !

Pendant trois ans Penny Allen (cinéaste et 
écrivain franco-américaine) a filmé cette 
famille algérienne aussi bien dans son pays 
que dans ses ramifications françaises. Elle 
dévoile tout : les origines (marocaines), 
leurs us et coutumes, leur mode de pensée. 
À la disparition de la mère (qui maintenait 
une improbable unité), apparaissent les 
incertitudes et errances de la génération actuelle.

La cinéaste à osé aborder, au début, son sujet 
sans scénario arrêté. En artiste véritable, 
elle a affronté ses propres incertitudes en 
même temps que ceux de ses "comédiens". Elle 
est entrée dans ce film comme on entre dans 
une aventure... La précision (complexe) nous 
parvient sur la durée, quand nous entrons 
dans le regard chaleureux que la cinéaste 
pose sur cette incroyable fratrie.

Ce n'est pas un film facile car la narration 
n'est pas linéaire, et celui qui ne sait pas 
se laisser aller à la gourmandise des images, 
à la splendide bande son et aux volte-face 
inattendus, passera à côté d'un film qui est 
aussi une aventure pour le spectateur. 
Film inclassable ! Soudain, quand les enfants 
de cette mère improbable portent à tour de rôle 
la robe rouge de la défunte, on se rend compte 
qu'on a quitté le mode documentaire, que la 
cinéaste a aussi interrogé les limites formelles. 
Le cinéma de Penny Allen est vraiment libre, et 
sa démarche exceptionnelle est insolente à 
force de sincérité.

On rit souvent, mais d'un rire chargé d'émotion. 
La culture toute baroque (ah! les scènes de 
mariage traditionnel !) qui ne sait plus à 
quel pays se vouer et qui de surcroît se frotte 
à la civilisation occidentale, génère situations 
et paroles cocasses qui nous mènent à la 
frontière de l'absurde.

Dans ce film... dans cette "comédie humaine", 
les questions d'identité, d'origine et de 
devenir sont posés par LA VIE elle-même. On 
reste comme surpris que la caméra ait réussi à 
capturer l'humanité profonde qui apparaît 
derrière les images fugaces.


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Penny Allen interview: Portland-born director of 'Property' 
visits town with her new film, 'Late for My Mother's Funeral'
Late for My Mother's Funeral.jpg
A scene from Penny Allen's film "Late for My Mother's Funeral,
" which screens Monday, December 16, at the Northwest Film Center. 
(Penny Allen Films)
Special to The Oregonian By MARC MOHAN  

Before “Grimm,” before “Portlandia,” before "Drugstore Cowboy,
" there was Penny Allen. The Portland-born director made two 
independent feature films here, back before it was cool. 
“Property” (1979) followed the efforts of a batch of Northwest 
misfits to protect their homes from urban developers, while 
“Paydirt” (1981) was about vineyard owners who branch out into 
marijuana cultivation. Clearly, even then she had her eye on 
issues of great import to Oregonians.

But, after "Property" gave poet Walt Curtis, cinematographer 
Eric Edwards and then-sound engineer Gus Van Sant their first 
film credits, and after “Paydirt” played at the U.S. Film Festival 
(which later became the Sundance Film Festival), Allen wouldn’t 
make another film for a quarter century. Now she’s back in 
Portland to screen “Late for My Mother’s Funeral,” her newest 
project, on Monday, Dec. 16, at the Northwest Film Center. 
It’s a documentary-style chronicle of a large Moroccan family 
living in Algeria, coping with the death of their matriarch, 
who in her day was a notorious jewel smuggler.

I spoke with Allen by phone from Paris, as she was preparing to 
fly to the U.S. the following day. Questions and answers 
have been edited for length and clarity.
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Marc Mohan: What prompted you to leave Portland after 
“Paydirt” and what have you been up to since?

Penny Allen. In 1982 or 1983, I moved from Portland to a 
ranch outside of Sisters, and lived there until we moved 
to Paris in 1991. I usually come back to Portland at least 
once a year. It’s very dear to me, it’s my anchor. It’s a 
place where I get refreshed after having depleted myself 
in Paris. I still have a house in Portland, though it’s 
rented out. It’s the house where much of “Property” was shot.

MM: What changes have you noticed from these annual 
snapshot visits to Portland?

PA: The obsession with cuisine has only happened since 
I’ve been away. It is a fact that you eat better in Portland 
than you do in Paris. When I say that, people are shocked, 
but it’s true.

MM: Does it surprise you that Portland has acquired a 
certain cultural cachet in the last couple of decades?

PA: When I got started making “Property,” there was a 
large community of filmmakers who already existed, and 
I was a newcomer to that community. So it’s not surprising at all. 
It’s a good place to make movies.

MM: It must be! Once you left, in fact, you didn’t make 
another movie for 25 years, until “The Soldier’s Tale” (2007).

 
PA: When we moved to Central Oregon, it was to a pretty 
isolated place, where I not only didn’t want to make movies, 
but where it was unlikely to happen. When I moved to Paris, 
it struck me as impossible to penetrate the film community 
and actually become a filmmaker here. I worked for the French 
minister for the environment for several years, and then Sept. 
11 kind of wiped the environment off the screen for a while. 
So I translated books after that, and I was writing. Then in 
2004 I got back into filmmaking by accident. I was sitting 
in a plane on the tarmac at the Paris airport and this soldier 
sat down next to me and started talking in this hysterical mode. 
That was the beginning of “The Soldier’s Tale.”

MM: How did you meet the family you film in 
“Late for My Mother’s Funeral?”

PA: The main character of the movie, Abdeljalil, came to a 
screening of “The Soldier’s Tale” in Paris and asked me 
afterwards if I would make a film about him having been 
deported from Algeria to Morocco. I was not particularly 
interested in doing that, but I did meet with him regularly. 
And then his mother, who he’d never mentioned previously at all, 
died, and he changed. He had an existential crisis and was 
wracked with guilt over not having seen his mother in 12 years, 
and convinced me to follow him home and film her funeral. 
So I didn’t recruit them, they recruited me.

MM: The movie feels like a documentary, but has scenes of 
reenactment, and you use words like “character” to describe the 
people in it. One a scale of 1 to 10, where 1 is total fiction 
and 10 is total truth, where does it lie?

PA: The film is very definitely a hybrid, quite intentionally. 
I came up with the idea of the scenes where the children wear 
the mother’s dress and re-enact quite early, and those are fiction. 
This hybrid between fiction and nonfiction is something I’m 
interested in; I think even “Property” has some of that.

PA: I don’t mean to pry, but I’m still curious why you left 
Portland for this ranch near Sisters and abandoned what seemed 
like a promising filmmaking career.

PA: Love! It was a love story. And it’s not prying — I wrote a 
book about it. It’s called “A Geography of Saints.” It deals 
with life in Sisters, focused around the shocking events that 
happened our first year there, including murders and a few 
other things.

MM: Sounds like it would make a good movie.
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