liberation

Libération

Paris, France

October 11, 2005

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Le papier de Marie Guichoux dans Libération 11 oct.


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Translation of Marie Guichoux's article in Liberation :
IRAQ AS A PHOTO-COMIC
R. became a reservist to improve his existence.  A common reflex during peace time.  But in war time:  sent to Iraq. 
His first conflict and the string of atrocities that mark it.  Then Sergeant R. gets his first leave, in 2004, 
with a cramped airplane seat to decompress in.  

He gets on board in Paris into a kind of parenthesis between a soldier's world and being home with his family, 
between the censor and denial.  His seat-mate on the plane became his confessor. Others might have changed the 
course of the conversation, but Penny Allen is American; she was a filmmaker in Portland in the 70s. And war 
also touched her life: demonstrations against the war in Vietnam, the desire to leave the United States 
for Paris because of the Gulf War. Sergeant R. and the anti-war activist exchange addresses.  

'I later wrote down our conversation, it moved me so much,' she says. 'Three months later I had news from 
Sergeant R. He sent me a package with a letter and a disposable camera. He told me: “Do something with it 
but be careful”.' A second package followed ‘containing a videotape', a 'home-movie' of combat scenes and 
death made by the Sergeant's unit. Young soldiers recording their everyday life.  

Penny Allen made something out of this account that would have otherwise never seen the light of day: 
R.'s identity, his unit, the places - all must remain disguised so they can't be identified. Creating a 
narrative out of the photos and videos, she made an artistic and activist whole, trying to remain faithful 
to the soldier who had sent his narrative in pieces. It is thus the photo-comic was born.  Mixed blood 
between a tragic comic book and a reality foto-roman. Today the Sergeant R. has finished his tour of duty 
in Iraq and is safe.


Marie Guichoux


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Libération CHAT ROOM

Penny Allen: "Beaucoup de soldats américains voudraient témoigner de ce qui se passe 
en Irak"

Une semaine après la publication dans "Libération" de son roman-photo réalisé avec 
des photos et des vidéos prises en Irak par des soldats américains, la cinéaste 
américaine Penny Allen a répondu lundi 17 octobre aux questions de nos internautes.



lop: Quelles ont été les réactions après la publication dans 
libé des photos du sergent R?

Penny Allen: Les réactions sont variées. Personnellement je n'ai pas eu de 
réactions négatives. En général les gens paraissaient un peu soulagés de 
voir quelque chose de vrai sur ce qui se passe en Irak, du point de vue d'un soldat américain, qui n'est 
pas du tout content de ce qu'il fait.



mulder: comment avez-vous obtenu les photos?

Penny : Le sergent R m'a envoyé 3 paquets de photos prises avec des appareils jetables 
et puis un paquet avec deux vidéos dont j'ai saisi des images. J'ai créé le roman-photo 
avec ces images. J'ai rencontré le sergent R dans un avion à l'aéroport. Il s'est assis 
à côté de moi et il a commencé à parler. Il  était surexcité, 
troublé, traumatisé et il avait un grand besoin de parler. J'étais la première personne 
qu'il a rencontrée après avoir quitté l'Irak. Il était en permission pour deux semaines 
et il allait aux Etats-Unis. Et puis il est retourné en Irak pendant un an. C'était au printemps 2004 
qu'on s'est rencontré. Il a commencé à m'envoyer des colis quelque temps après.



lop: Pensez vous qu'ils sont nombreux les soldats américains qui voudraient témoigner?

Penny:  Je pense que oui. Beaucoup de soldats américains ont fait des vidéos de 
scènes de combats ou de ce qui se passait en Irak. J'ai lu un article dans le «Los Angeles Times», il y a 6 
mois qui parlait des soldats revenant d'Irak et qui montraient ces vidéos à leur famille et qui par 
la suite était rejetés par cette famille qui trouvait les vidéos violentes et 
dégoûtantes et ne voulaientpas savoir ce qui se passait en Irak avec leur fils, leur frère, 
ou leur mari. Donc c'est le grand refoulement pour les soldats, comme après la guerre au Vietnam.



Reda: Vous qui avez connu la guerre du Vietnam, quelles sont les similitudes entre les soldats 
américains dans les années 60-70 et ceux d'aujourd'hui?


Penny:  Dans la guerre du Vietnam, il y avait la conscription, donc les soldats venaient de partout 
et de tous les niveaux de la société. Cette fois, il n'y pas de conscription, ce sont les 
réservistes, la Garde nationale, ce sont très  souvent des professionnels. Les soldats vont en Irak 
parce qu'ils ont besoin d'argent, de travail. Ce sont des chômeurs. Donc ça c'est différent. 
Du point du vue du discours politique, je crois qu'au bout de quelques années au Vietnam les soldats avaient 
tous un discours sur cette guerre, ils étaient contre. D'autre part cette guerre au Vietnam a duré 


très longtemps, et au fur et à mesure ils appréhendaient l'ampleur de la politique 
américaine. En ce qui concerne les soldats en Irak, par rapport au Vietnam, cela n'a pas encore duré 
très longtemps, et d'après ce que j'ai compris, il n'y a pas vraiment de discours politique contre 
la guerre. Les soldats sont plutôt choqués et dégoûtés par ce qui se passe et de ce qu'ils 
font mais ils ne peuvent pas comprendre cela dans le contexte de la politique américaine. Très souvent, 
ils restent même en faveur de la guerre ou fidèle à l'administration Bush, très souvent ce sont 
les enfants des gens qui sont en faveur de la guerre, qui soutiennent l'administration Bush, donc, dans certains 
cas, il y a une rupture avec ce que pensent leurs parents.



Yves: Pourquoi n'y a-t-il pas de manifestations aujourd'hui aux USA, comme il y a trente ans 
contre la guerre au Vietnam?

Penny:  Il y a eu une manifestation fin septembre, rassemblant entre 100.000 et 250.000 personnes 
à Washington DC. Donc on peut imaginer que c'est le début d'une série de manifestations.

zorro: Les photos prises par les soldats américains, et plus précisément 
celles où il y a des Irakiens torturés ou humiliés ne sont elles pas représentatives de la 
mentalité assez dangereuse d'une partie assez représentative du peuple américain?



Penny:  Moi je ne peux pas faire des commentaires sur les photos de la torture par exemple à 
Abou Ghraib à part ce qui est évident. Les photos d'Irakiens morts que le sergent R m'a 
envoyées sont assez neutres, ce sont des photos des morts. Dans La Guerre c'est l'enfer, il y a aussi des 
photos d'Américains morts et ces photos sont aussi assez neutres.  C'est le contexte qui leur donne 
leur pouvoir.

Natacha: Je trouve la publication des quatre pages en forme de roman-photo beaucoup plus forte que 
tout ce que j'ai vu jusqu'à maintenant sur l'Irak. A quoi est-ce du selon vous, à la mise en 
scène de ces images?



Penny:  Oui, et aussi au contraste entre l'inhumanité des photos et des scènes de 
combat et l'humanité des paroles dans les bulles: ce sont des paroles du sergent R.  Il y a là une 
tension qui contribue, je crois, à la force du roman-photo. Le fait que ces photos soient mises en 
scène dans un roman-photo donne aussi un peu de distance qui peut rendre le sujet plus fort, plus choquant.

golouboy: Distance ? Mais n'y a-t-il pas quelque hypocrisie à parler de distance alors 
que le principe même d'un tel roman-photo semble être une invitation très «marketing» à "vivre au 
cour de l'événement"?



Penny:  Je cherchais une façon d'utiliser les photos et les vidéos que le sergent m'a 
envoyées, comme il m'a demandé de faire. J'ai essayé plusieurs genres et finalement je suis 
arrivée au roman-photo. Je l'ai utilisé, malgré quelques hésitations au début 
sur le fait que le genre parle ou s'adresse normalement aux sujets légers. Mais j'ai décidé 


que cela rendait les faits même plus forts.

zorro: les photos de soldats tristes, fatigués ou blessés ne sont-elles pas une 
tentative assez lâche de les faire passer pour des victimes alors qu'ils pouvaient tout simplement choisir de 
désobéir aux ordres?

Penny:  Au début du roman photo, je montre le soldat et puis une scène avec son 
unité quand ils regardent le corps de quelqu'un dans leur unité.  Comme ça, on comprend 
qui parle pendant le reste du roman-photo. Vers la fin, je demande au soldat: "Pourquoi ne désertes tu pas?" 
Il répond que ce serait la honte pour sa famille. Voilà quelqu'un dont les parents sont à 


100% en faveur de la guerre, et à ce moment de sa vie, il ne veut pas rompre avec sa famille.  Il n'est pas 
au point de désobéir aux ordres.

Jacqui: Pourquoi avoir choisi une publication française pour ces photos? Les journaux 
américains auraient-ils refusé?

Penny:  Les grands journaux américains à qui j'ai offert le roman photos, ont 
refusé. La première fois que j'ai montré La Guerre c'est l'enfer était dans une 
galerie à Portland en Oregon, au mois de mars : le journal local ("Oregonian") a beaucoup aimé 


et a fait toute une page à son sujet. J'étais très surprise.  Le roman-photo a 
été publié pour la première fois dans son intégralité aux Etats-Unis 
dans une revue qui s'appelle "La Troisième guerre mondiale illustrée" (World War 3 Illustrated). 
D'autres publications pourraient peut-être suivre.




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Translation of Liberation CHAT ROOM.

Penny Allen:  Lots of soldiers would like to speak out about 
what is happening in Iraq.

One week after the publication in Libération of her foto-roman created from 
photos and videos shot in Iraq by American soldiers, on Monday October 16, American 
filmmaker Penny Allen answered questions from our internauts. 
 

Lop:  What were the reactions after publication of the photos 
taken by Sergeant R. in Libé?



Penny Allen:  The reactions were varied.  Personally, I didn't hear any negative 
reactions. In general, people seemed relieved to read something true about what is happening in Iraq 
from the point of view of an American soldier who isn't at all happy about what he is doing.

Mulder:  How did you get the photos?
Penny:  Sergeant R sent me three packages containing disposable cameras and then one package with two 
videos from which I took images.  I made the foto-roman with these images.  I met Sergeant R. in an 
airplane at the airport. He sat down next to me and started to talk.  He was over-stimulated, troubled, 
traumatised, and he needed badly to talk. I was the first person he met after leaving Iraq. He was on leave 
for two weeks, and he was going to the United States.  And then he went back to Iraq for a year.  
It was in the spring of 2004 that we met, and then he started sending me the packages some time later.

Lop:  Do you think there are a lot of soldiers who would like to speak out?

Penny:  I think so.  Many soldiers have made video tapes of combat scenes or of other 
things happening in Iraq. I read an article in the Los Angeles Times six months ago that spoke of soldiers 
coming back from Iraq who showed their families their videos and who were then rejected by their families 
who found the videos violent and disgusting and did not want to know what had happened in Iraq to their son, 
their brother, or their husband. So the soldiers are plunged into denial, just like after Vietnam.

Reda:  Since you knew the time of the Vietnam war, what are the similarities between American soldiers of 
the 60s and 70s and the soldiers of today?

Penny:  During the Vietnam war, there was a draft, so the soldiers came from everywhere 
and from all levels of society. This time, there is no draft, so they are reservists, or from the National Guard.  
Sometimes they are professionals. They go to Iraq because they need the money, the work. Some were unemployed 
before joining up. So it's very different now. From the point of view of political understanding, I think that 
after several years in Vietnam, soldiers all had an understanding of what that war was about, and they were 
against it. In addition, that war lasted a long time, and gradually soldiers came to understand what role it 
played in American politics.  Now, with the soldiers in Iraq as compared to those in Vietnam, this war hasn't 
yet lasted a long time. From what I have been able to learn, there is not really a political opposition to the war 
in Iraq on the part of many soldiers. Many of them are shocked or disgusted by what is happening or what they are 
doing, but they don't yet understand it in the context of American politics. Often, they remain in favor of the 
war or the Bush administration. Often they are the children of families that support the war. Sometimes this 
leads to a strong break with their families.

Yves:  Why aren't there demonstrations against the war in the States, the way there were 
thirty years ago against Vietnam?



Penny:  There was a demonstration at the end of September that drew between 100,000 and 
250,000 people, so perhaps we can imagine that it was the beginning of something.

Zorro:  Aren't the photos taken by American soldiers, more precisely those that show 
Iraqis being tortured humiliated, aren't they representative of a certain dangerous mentality that is 
actually representative of a  significant part of the American people?

Penny:  I can't comment on the torture photos, for example the ones taken at Abu Ghraib, other 
than to state the obvious. The photos of dead Iraqis that Sergeant R. sent me are rather neutral, they are 
photos of dead people.  In War is Hell there are also photos of dead Americans, and these photos are rather 
neutral, too.  It's the context that gives them their power.

Natacha:  I find the publication of the four pages in the foto-roman format to be much more 
powerful than anything I've ever seen about Iraq.  In your opinion, why is this?  
Is it because of the dramatization?

Penny:  Yes, and also because of the contrast between the inhumanity of the photos of 
combat scenes and the humanity of the words in the balloons.  They are Sergeant R.'s words. There is a 
tension between the two elements that contributes to the power of the foto-roman.  The fact that the photos 
are dramatized in a foto-roman format also creates some distance that can make the subject stronger, 
more shocking.

Golouboy:  Distance?  But isn't it hypocritical to speak of distance when the very 
principle of such a foto-roman is a “marketing” invitation to “live in the heart of the events?”



Penny:  I looked for a way to use the photos and videos the Sergeant sent me, like he 
asked me to do.  I tried several genres and finally I tried the foto-roman.  And I did so, despite some 
hesitation at the beginning, because generally foto-romans are about light subjects.  But I decided that 
this made the facts even stronger.

Zorro:  Aren't the photos of sad, tired, or wounded American soldiers a rather cowardly 
attempt to make them into victims when they could simply choose to disobey orders.

Penny:  At the beginning of the foto-roman I show the Sergeant and then members of his unit 
looking at the dead body of someone from their unit.  In this way, you understand who is talking during the rest 
of the foto-roman. Toward the end, I ask the soldier “Why don't you desert?”  He answers that it would bring shame 
on his family.  He is someone whose family supports the war 100%, and at this point in his life, he didn't want to 
break with his family. He wasn't to the point of disobeying orders.

Jacqui:  Why did you choose to publish the foto-roman in a French newspaper?  
Did the American newspapers refuse?

Penny:  The big American newspapers to whom I proposed the foto-roman refused.  The first time I 
showed War is Hell was in a gallery in Portland, Oregon, the month of March.  The local newspaper (The Oregonian) 
admired what I had done and did a whole page about it.  I was very surprised.  War is Hell was published for the 
first time in the States in a magazine called World War 3 Illustrated.  Other publications will perhaps follow.




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